En vue d’évaluer l’ampleur du déficit en matière d’éducation, un bref aperçu sur le niveau souvent déplorable des rapports parents-enfants permet de mesurer la nécessité d’y voir plus clair. Dans ce sens, le constat relatif aux rapports des parents avec leurs enfants, aussi bien chez nous que du reste, ailleurs, est loin d’être reluisant : des enfants maltraités, des parents non motivés, désespérés, incapables d’élever leur progéniture, allant parfois jusqu’à user, en dépit du bon sens, à leur égard de cruauté. En effet, l’actualité nous offre presque quotidiennement le spectacle de parents démissionnaires, ou indignes, un peu partout dans le monde, dans des pays en développement, de même dans des pays dits évolués, ou industrialisés : en France, en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique. A titre d’exemple, il y a quelque temps, en Autriche : une mère criminellement apathique, un père, plutôt un monstre qui viole, engrosse, séquestre sa propre fille durant plus de deux décennies !
Plus couramment, des enfants sont agressés, battus, torturés par ceux-là mêmes qui doivent les protéger et les aimer. A cet égard, il suffit de citer le cas tout récent chez nous, de la mort tragique, à Bordj El Kiffan de Tesnim, une petite fille de cinq ans, victime d’une maltraitance inhumaine, inqualifiable. Elle aurait été privée de nourriture et d’eau, durant plus de trois jours consécutifs par ses parents qui -cerise sur le gâteau-ne se seraient pas gênés de lui infliger des brûlures atroces, à titre de punition, pour avoir mangé de la pommade, la confondant, dans sa faim atroce, avec du chocolat.
Plus généralement, qui n’a pas, entendu évoquer, à propos de sévices à enfant, « le syndrome de Silverman », connu sous la dénomination : ‘Caffey-Silverman ‘du nom du célèbre médecin américain. Cet homme, à la foi pédiatre et radiologue a effectivement eu le mérite de mettre en évidence, dès 1953, le phénomène des mauvais traitements à enfant. Il a constaté sur un nombre important de bébés des ‘lésions consécutives à des fractures non traitées, survenues à des âges différents’, séquelles d’une réelle maltraitance. C’est dire que les enfants ont bien besoin d’être protégés contre tout le monde, y compris, leurs propres parents.
Il est clair que la protection de l’intégrité physique de l’enfant par la loi pénale ne parait pas suffisante, pour n’être pas adaptée aux spécificités et contraintes du milieu familial ; et ce, essentiellement, parce qu’elle n’est pas aisée à mettre en œuvre. A titre d’exemple, le médecin, qui constate sur un enfant, des traces de violences se trouve souvent confronté à un dilemme cornélien, un choix culpabilisant : s’il dénonce aux autorités concernées, cet état de fait, à savoir l’attitude délictueuse des parents, il s’acquitte, certes, d’une obligation civique, d’un devoir professionnel, mais il prive automatiquement les jeunes victimes des soins médicaux, qu’il est sensé devoir leur prodiguer ! En effet, en cas de dénonciation, le parent coupable ferait-il encore appel à ce médecin, ou à n’importe quel autre membre du corps médical ?
Dans l’espoir d’atténuer un tant soit peu le calvaire d’un nombre relativement important d’enfants en bas âge, il semble indispensable d’œuvrer en vue d’assister les parents, qui en ont bien besoin, dans leur tâche harassante d’élever convenablement leurs enfants ; et ce, en sus des charges ménagères et des activités quotidiennes. Il faut, par conséquent, en vue d’alléger le poids de leurs occupations, leur rappeler sans cesse des rudiments d’une méthode, ou tout simplement d’une formation élémentaire accessible et qui soit la plus efficiente possible.
Dans ce sens, avant d’aborder la question des moyens à mettre en œuvre pour faciliter, pour certain, l’assimilation et l’adoption d’une telle méthode, il parait plus logique, plus pédagogique d’examiner les aspects de la formation préconisée, qui se présente comme une forme d’éducation naturelle, simplifiée et adaptée autant que faire se peut à la situation et aux spécificités culturelles de notre société.
I -UNE METHODE CONCERTEE D’EDUCATION
Outre le mauvais traitement physique, qu’administrent cyniquement à leurs enfants certains parents, que faut-il dire du mal psychique que ces derniers leur assènent, parfois sans s’en rendre compte ? Quand bien même, il n’est pas, sur le plan physique, nécessairement douloureux, le mal qu’ils leur font subir n’est, toutefois, pas moins destructeur, sur le plan psychique. Par les mauvais exemples de leur comportement, par des actes quotidiens, en apparence anodins, ils défavorisent et même compromettent parfois inconsciemment, l’éducation de leur progéniture. En tout état de cause, ils sont responsables pénalement et moralement des conséquences de leur conduite. A cet égard, s’agissant de la sanction du délit commis, l’article 330 du code pénal ne punit-il pas sévèrement : « les père ou mère … qui compromettent gravement, par de mauvais traitements, par des exemples pernicieux d’ivrognerie habituelle ou d’inconduite notoire, par un défaut de soins ou par un manque de direction nécessaire, soit la santé, soit la sécurité, soit la moralité de leurs enfants ou d’un ou plusieurs de ces derniers… » ?
Néanmoins, lorsqu’on se borne à envisager l’aspect pénal, que l’on sanctionne ou non des auteurs de violences sur enfants, le mal est déjà fait….Par conséquent, ne vaudrait-il pas plutôt, judicieusement prévenir et agir préalablement pour tenter d’éviter ou d’atténuer maux et déconvenues ; et ce, dans le cadre d’une éducation qui doit être, soit fondée sur une certaine expérience, soit objet de concertation ?
De façon concrète, comment se présente, en la forme et au fond une telle éducation ? Ce type de formation qui porte fondamentalement sur la manière d’élever un enfant n’a rien d’exceptionnel. Son avantage est surtout d’être à la portée de tout le monde. Il a pour caractéristique de se fonder essentiellement sur l’idée selon laquelle les parents doivent impérativement s’investir de façon effective dans l’éducation de leurs enfants.
En même temps, la méthode préconisée prend en considération les exemples de comportements préjudiciables, dont ceux qui viennent d’être, ci-dessus évoqués. L’essentiel est de tendre, autant que de besoin, à en déconstruire les causes déterminantes et les aspects désastreux sur la personnalité de l’enfant, objet de nos préoccupations. Dans cette voie, la perspicacité nous recommande instamment d’observer assidûment le comportement de l’enfant. Nous pouvons en apprendre énormément de choses, à exploiter par la suite, ou séance tenante, en vue de parfaire notre démarche, notre façon de pouvoir optimiser l’éducation de nos enfants.
A cet égard, il est habituellement établi que les enfants ont fréquemment tendance à suivre l’exemple de leurs parents. Le père représente pour le jeune garçon, faute de mieux, ou plutôt à défaut d’autres exemples, un modèle de perfection, qu’il cherche constamment à imiter dans les différentes phases de son enfance et de sa prime jeunesse. A moins d’avoir le complexe d’œdipe, tout garçon a généralement tendance à adopter comme idéal l’exemple de son père. Dans cet esprit, malheureusement, s’il le voit quotidiennement fumer, il fumera. De même, toute fille a tendance à calquer son comportement sur celui de sa mère. Nombre d’adages populaires expriment cette idée ; ne dit-on pas couramment : « telle mère, telle fille » ? Cette tendance est, du reste, si profondément imprégnante et si largement influente qu’elle semble avoir inspiré, jusqu’en matière d’activité commerciale, ce qu’on désigne par le vocable ‘modelage’. Ce procédé constitue la forme la plus simple de l’apprentissage social, en ce sens qu’il permet à une personne d’apprendre, ‘en imitant un modèle, à reproduire le comportement de ce dernier’.
Qui pense exemplarité, à propos des père et mère : devrait penser également : ‘présence effective’. Pour pouvoir donner le bon exemple à ses tout-petits, encore faut-il passer suffisamment de temps avec eux, à leur faire assimiler ce qu’ils doivent apprendre et non pas se contenter de faire acte de présence. La présence signifie s’occuper effectivement de ses enfants, leurs prodiguer des conseils, leur transmettre des valeurs, les aider à comprendre leurs leçons, à travailler et mieux faire leurs exercices. Il n’est pas question pour un père de passer pour un « démissionnaire », sous le prétexte infondé de motifs professionnels. Il en va évidemment de même de la mère qui croit devoir faire passer les préoccupations de sa carrière, avant celles de son foyer. Loin de là, pareille idée ! L’obligation de bien élever un enfant n’est pas moins légitime, ni moins utile, que celle de l’activité professionnelle.
Nul ne conteste le fait que l’éducation d’un enfant, par ce qu’elle doit être permanente, constante, suivie sans répit est une tâche ardue, délicate et rebutante. Aussi requiert-t-elle persévérance et patience ; avec une dose d’ingéniosité, car il n’est, précisément, pas donné à tout le monde de savoir former les jeunes enfants. Pour prétendre être en mesure d’élever un enfant, encore faut-il pouvoir le faire correctement. La tâche est très sérieuse et nécessite non seulement une part non négligeable d’expérience, mais aussi de sagacité, car il ne sert à rien de tenter d’élever un enfant si, parmi les gestes et comportements quotidiens, parents et enseignants donnent le mauvais exemple. C’est pourquoi, est–il indispensable de ne pas négliger ‘l’éducation’ des parents et surtout des jeunes couples. En effet, les choses étant ce qu’elles sont dans notre pays, où la population est encore majoritairement illettrée, il n’est pas question de laisser les parents désarmés, notamment face à l’influence grandissante et souvent perverse de l’environnement, en particulier de certains médias sur les enfants.
Sur cette voie, plus concrètement, le recyclage ou l’éducation des jeunes parents pourrait, éventuellement, être assurée de manière quasi bénévole par des volontaires : travailleurs, ou fonctionnaires, en situation de retraite (cf. article, sous le titre : « LA NECESSITE DE CONSCIENTISER LES POSTULANTS AU MARIAGE / Une formation destinée aux candidats au mariage»).
II – LA MISE EN ŒUVRE DE MESURES EDUCATIVES
L’éducation que les parents sont appelés à assurer ne s’improvise pas. Elle doit donc être soigneusement conçue. Parce que les jeunes couples auront reçu les règles de base d’une formation d’éducateurs, ils ne manqueront pas de faire preuve de maturité, de sagesse, de pertinence, même notamment, en présence d’enfants plus intelligents que la moyenne, ou remarquablement éveillés, ou bien super-émotifs. A cet égard, il faut par conséquent, quelquefois user de tact, de diplomatie, surtout de ‘retenue stratégique’. A cet égard, lorsqu’un parent n’est pas en mesure d’appliquer une sanction, ou ne ressent pas le besoin de le faire, pour une quelconque raison, il est certainement préférable de faire semblant de ne s’être pas aperçu de la faute commise. Par contre, en montrant à ses enfants que rien ne lui échappe, il leur prouve certes la constance de sa vigilance, en vue de les dissuader de recommencer. Cependant en s’abstenant de punir le fautif, il se décrédibilise à leurs yeux en mettant en exergue l’étendue de sa faiblesse, en dévoilant son penchant laxiste.
La sagesse dicte aux parents, à titre d’exemple, de ne jamais prendre la défense d’un enfant au moment où il est corrigé, ou sermonné par l’autre parent, quand bien même ce dernier aurait franchement tort. Il ne s’agit pas là de faire preuve de sévérité de manière excessive, systématique. Bien au contraire. Mais c’est là une illustration concrète et simple, de la méthode préconisée, d’une éducation concertée. Fondée sur une manière bien réfléchie, un style pondéré, cette forme d’éducation fait prévaloir la fermeté sur la sévérité. De la sorte, elle privilégie le tact et la délicatesse qui recommandent de ne jamais adresser des remarques désobligeantes à un enfant en présence d’autres personnes, d’autres enfants, notamment ses camarades. A quoi sert-il donc de froisser l’amour-propre de l’enfant ? Dans de telles circonstances, l’attitude de ce dernier pourrait être, imprévisible, brutale, à la mesure de l’impact psychique, qu’il serait susceptible de ressentir. A son tour, le parent ‘imprudent’, pour avoir manqué de tact, risquerait de réagir en traitant l’enfant d’impertinent et de se croire fondé à lui administrer une correction ; et ce, faisant fi de l’idée que l’enfant, lui aussi est en droit de jouir de sa dignité.
Sur un autre chapitre, il n’est absolument pas question que les enfants soient un enjeu entre les parents pour résoudre leurs problèmes, ou pour gérer leur désaccord, leur mésentente, ou bien le litige qui les opposerait, suite à une séparation. A titre d’illustration, ils doivent comprendre, en cas de rupture du lien matrimonial, et en particulier, la personne à qui est confiée ‘la garde’ d’un enfant - généralement la mère - que ‘le droit de visite’ est davantage profitable, à la santé de l’enfant qu’à celle de son père. Son bénéfice est estimé indispensable au développement normal de l’enfant gardé. Dans cet ordre d’idées, il semble que peu de parents, chez nous, aient entendu parler du ‘ parental aliénation syndrome : P A S ' (le syndrome d’aliénation parentale). A cet égard, il est établi que l’interruption des contacts et des relations entre les enfants et l’un des parents, suite à une simple séparation ou un divorce exerce un impact traumatisant sur le parent et plus particulièrement sur les enfants concernés. Des spécialistes en psychiatrie et en psychothérapie affirment, que la relation induite d’une telle séparation engendre des effets néfastes sur le développement psychique de l’enfant. Les conséquences en sont : ‘angoisse, dépression, troubles de la conscience en soi et troubles relationnels, allant même jusqu’au stade du suicide’ !
Toujours est-il qu’un tel comportement est sanctionné par la loi. Ainsi, l’attitude du parent, chargé de la garde de l’enfant consistant à entraver l’exercice du ‘droit de visite’ des autres parents est réprimée par les articles 327 et 328 du Code pénal.
Par ailleurs, l’éducation telle qu’elle a été pratiquée par nos ancêtres, nos parents, n’est plus possible à réaliser, ni évidemment, souhaitable de nos jours. Cependant, ce n’est pas parce que l’éducation traditionnelle n’est plus adaptée à notre mode de vie, qu’il faille pour autant affirmer qu’elle n’est radicalement plus de mise, qu’elle a fait son temps et exclure complètement tout ce qui s’y rattache. Elle a, indéniablement, certains aspects positifs, qu’il faudrait judicieusement conserver : l’immense respect des parents, l’entraide entre membres d’une même famille, la cohésion du groupe familial. En revanche, la rupture avec les méthodes du passé doit concerner la rigueur sans justification, la sévérité excessive, la brutalité de certains procédés, qui constituent, au demeurant, encore la règle, dans nombre de foyers.
Ces méthodes, ou plutôt ces comportements entrainent généralement des conséquences désastreuses sur la personnalité de l’enfant. En effet, des études fiables montrent que de telles attitudes génèrent souvent chez l’enfant une haine tenace, indélébile, qui perdure jusqu’à l’âge adulte. C’est pourquoi l’abus de sévérité et la rigueur excessive sont à proscrire. En sens inverse, élever un enfant en étant constamment à l’écoute de ses caprices n’est pas non plus recommandable, ni admissible. Dans ce sens, le laxisme que comporte la pratique actuelle de l’éducation moderne n’est pas moins nuisible pour former sérieusement un homme ou une femme digne de ce nom. A cet égard, une éducation pondérée ne s’improvise pas. En effet, l’éducation fondée sur la mesure et la retenue pour tendre vers le juste milieu est certainement la chose la moins accessible, sinon la plus laborieuse.
Mostefa KOUIDRI
