Les enjeux stratégiquesde la ville de Dekha

Khadra, la ville de Dame Dekha fut à l’origine, principalement conçue pour dénouer une grave crise diplomatique qui détériorait les relations entre Alger et Paris. La solution du sérieux désaccord paraissait impossible aux dirigeants des deux pays. La détente semblait inconcevable, tellement les objectifs de chaque partie étaient éloignés de ceux de l’autre.
Comment, dès lors, démêler une telle mésentente ? Et ce, d’autant plus qu’elle concernait précisément l’épineux problème de l’immigration dans l’Hexagone. Les tensions furent aggravées par la remise sur la table d’un dossier relatif à de jeunes immigrés au nombre approximatif de sept ou huit mille, considérés par la France comme ressortissants algériens.
La France exhortait l’Algérie à les récupérer, progressivement. Celle-ci alléguait, entre autres, un doute sur leur véritable nationalité puisqu’ils n’avaient plus de pièces d’identité. Même en cas de preuve de leur rattachement à l’Etat algérien, celui-ci invoquerait, subsidiairement, leur perte quasi totale de repères, en somme, leur déculturation consécutivement à un long séjour en France. Il en résulterait, par conséquent, sans aucun doute, pour Alger, de sérieuses difficultés matérielles et psychologiques de réinsertion, ainsi que de graves répercussions sociales que provoquerait l’opération de leur éventuel rapatriement.
 
Les autorités françaises ressortirent sciemment ce dossier, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2022. Le choix de cette date ne pouvait être fortuit. Par conséquent, comme de coutume, indubitablement, la question de l’immigration relançait, de plus belle le débat favori des Français. Dès lors, certains s’en donnaient à cœur joie, ou plutôt « rancœur au cœur en chœur !». Au titre de l’anecdote, à cette époque les jeunes algériens émigraient principalement vers l’Espagne (en réalité pour rejoindre la France !) de même vers l’Italie, néanmoins, c’était uniquement les Français qui criaient au loup ! L’anomalie qualifiée d’oxymore n’échappa pas, en particulier à la presse américaine, dont le New York times qui ne manqua pas d’invoquer le paradoxe.
 
Le discours contre les immigrés notamment en situation irrégulière allait bon train. Progressivement, il montait crescendo ; au fil des jours, il englobait quasiment tous les Maghrébins, risquant de friser la vindicte populaire. Il était naturellement alimenté par des mass-médias proches de l’extrême droite, mais aussi à l’écoute de la droite. Du reste, en cette matière, les deux partis ne se différenciaient pratiquement plus sur le plan de la démagogie politicienne.
 
Il fallait coute que coute mettre un terme à cette forme de dérive, en vue, en partie, de décrisper les relations entre Alger et Paris. D’abord, la France voulait en découdre avec le différend qui altérait les rapports entre deux pays liés par l’histoire et par des intérêts réciproques, réels. En tout état de cause, il ne servait à rien d’évoquer la responsabilité de chaque partie dans le « déracinement » des jeunes émigrés. L’Algérie entrevoyait essentiellement le coût relativement élevé de leur réintégration, suite à leur « dépaysement ».
 
En vue d’une resocialisation définitive, sans gros risques de nouvelles aventures migratoires, il convenait également, autant que de besoin, de tenir compte des aspirations des intéressés. La solution avait donc évidemment un coût d’autant plus élevé que la réadaptation avait plus de chances de réussir….
Dans la perspective de la course à l’Elysée, une illustre dame imagina une solution en apparence irréalisable. En même temps, il fallait couper l’herbe sous les pieds de deux candidats, nouvelles étoiles montantes du populisme. En patriote, cette responsable dame privilégia l’intérêt de la France sur celui de son parti politique. Elle en parla à son grand Chef, lui faisant habilement et délicatement miroiter la victoire au scrutin présidentiel. Elle lui suggéra de concevoir, dans des délais aussi prompts que possibles, un partenariat sérieux, gagnant-gagnant, avec l’Algérie, précisant qu’en dépit des apparences, c’était le moment propice. S’il s’avérait réellement exemplaire, l’accord de partenariat serait probablement sollicité par d’autres Etats notamment africains. Pour prouver la sincérité de sa détermination, Paris devait sceller le projet de partenariat, en s’engageant fermement aux côtés d’Alger, en vue de la création en Algérie d’une ville européenne pour accueillir les jeunes « déracinés ». Elle serait, de préférence située, à environ mille km des côtes méditerranéennes pour dissuader, un tant soit peu, tout migrant récalcitrant.
 
Pour ce faire, il fallait en outre, consacrer durant une période d’au moins cinq ans, un budget spécial pour soigner, nourrir et organiser le rapatriement et la réinsertion des jeunes « apatrides », particulièrement en leur apprenant un métier d’avenir. A ces futurs élèves, il fallait un travail psychologique approfondi de sensibilisation, de persuasion, pour les motiver profondément et les amener à penser, en leur for intérieur, se prendre personnellement en charge. Par ailleurs, les conditions et la qualité de la formation devaient être telles que, si ces futurs ingénieurs, techniciens, informaticiens…. s’y mettaient sérieusement, ils pourraient avec de la discipline, de la persévérance, parvenir à être, plus tard, recherchés, en vue de leur embauche, par des entreprises parmi les plus convoitées.
 
Il fallait encore et surtout solliciter le concours des médias, faire énormément de publicité autour de l’action ciblant ce cas exceptionnel, mettant en exergue son caractère éminemment humanitaire et inédit, en vue de susciter la solidarité internationale, l’aide des mécènes et surtout le concours des investisseurs, en particulier, binationaux. La ville serait dédiée aux jeunes en difficulté, ou en déperdition. Elle pourrait œuvrer dans l’espoir de faire partie du patrimoine commun de l’humanité.
Plus terre à terre, dans le but de réduire au maximum, le coût du bâti et des infrastructures, Alger serait disposé à appliquer un régime fiscal très favorable et à attribuer gratuitement des terrains aux investisseurs. Ces derniers pourraient procéder à la réalisation de quartiers d’habitations pourvues naturellement des commodités de la vie moderne, d’espaces verts, de terrains de sport, de théâtres et cinémas. Il leur serait loisible de réaliser des infrastructures urbaines, des centres commerciaux, des chaines d’hôtels, restaurants, piscines et autres aménagements destinés au bien-être des habitants et confort des touristes.
 
Dekha, la patronne inconnue de la ville, est le diminutif du nom Khadra, la verdoyante. Dekha était une femme d’une beauté exceptionnelle, sans l’arrogance de celles que la nature a merveilleusement privilégiées. Elle était au contraire d’une discrétion rare, volontairement effacée, parlant peu et bien, sans élever la voix, ni aspirer à se faire distinguer. Elle était l’image et l’exemple d’une sainte... Elle ne disait jamais du mal d’autrui, n’épargnait aucun effort pour venir en aide aux nécessiteux et aimait les animaux, en particulier les chats, de cet amour dont la tendresse n’échappe au regard de personne. En dépit des douleurs d’une maladie incurable, elle ne se plaignait guère. Au contraire, elle avait souvent soit un sourire angélique aux lèvres, soit une anecdote drôle pour rire, et toujours des bonbons pour la joie et le bonheur des enfants, du reste petits et grands, qui l’adoraient….

 

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