La necessite de conscientiser les postulants au mariage

Sous cet intitulé inélégant, mais loin d’être repoussant, il s’agit, grosso modo, de suggérer quelques idées sur un envisageable projet de formation complémentaire, ou conscientisation à dispenser aux filles et garçons, en vue de les préparer à la vie conjugale.

En cause : l’accroissement exponentiel des divorces, qui menacent dangereusement la stabilité de notre société. A cet égard, le bon sens nous rappelle le fait que pour conduire un véhicule, comme pour construire une maison, il faut obligatoirement être détenteur d’une autorisation à cet effet. Pour pouvoir, à plus forte raison, fonder un foyer ou mieux gérer une famille, ne faut-il pas se doter d’un ‘permis de mariage’ ? Par conséquent, une formation assurée de manière suffisamment appropriée s’avère, en particulier de nos jours, très utile, même indispensable. Elle contribuerait grandement à atténuer les effets dévastateurs du phénomène, à bon escient, tant décrié, de la rupture souvent irrationnelle, déraisonnable des liens familiaux. La formation préconisée pourrait, le cas   échéant, être donnée par des éducateurs en situation de retraite.


Certes, un tel projet devrait être, de préférence, le fruit de la concertation de personnalités scientifiques et d’experts notamment en matière de pédagogie. Par conséquent, parallèlement au lancement de la formation en question et en vue de la rendre plus efficiente, il faut encourager l’organisation de recherches et d’études dans ce sens. Pour ce faire, il parait, judicieux d’adopter nécessairement comme base d’investigations le savoir et l’expertise, en se connectant avec le monde universitaire.


A titre transitoire, les collectivités locales pourraient d’ores et déjà procéder à l’élaboration d’un programme de démarrage de l’initiation des jeunes gens, tout en mettant à la disposition d’organismes désignés à cette fin, les moyens jugées indispensables. Mais étant donné le besoin urgent de la formation complémentaire envisagée, il n’est pas question d’atermoyer, il faut agir illico….


Avant d’aborder la question des moyens à mettre en œuvre, il parait plus logique de donner un aperçu sur le contenu temporaire de l’initiation, qui ambitionne d’être une éducation adaptée, autant que de besoin, à la situation et aux spécificités de nos sociétés.


 I -   UN APERCU DE LA FORMATION DESTINEE AUX CANDIDATS AU MARIAGE
Parce qu’elle se présenterait comme une forme concertée d’éducation, la formation à dispenser serait conçue de façon à intéresser les postulants au mariage, en vue de les impliquer davantage. Elle serait, essentiellement, une éducation pragmatique, enseignée de manière idoine. Normalement bien avant le mariage, les jeunes gens sont déjà préparés à leur nouvelle vie.  Ils doivent bien comprendre avant de convoler en justes noces, que l’union conjugale n’est pas nécessairement idyllique, que la condition matrimoniale n’est pas inévitablement toujours rose.

Il faut qu’ils soient persuadés que la passion de l’amour qui dissimule les défauts et travers de l’autre n’est pas pérenne : elle s’émousse naturellement avec le temps. Une formation judicieuse serait donc la bienvenue pour les aider à être en quelque sorte, psychologiquement aguerris, en vue d’affronter les vicissitudes de la vie, les soucis quotidiens que la coexistence conjugale, et par la suite la responsabilité parentale risque inévitablement d’accentuer.


La sagesse nous enseigne que le bonheur, ou plutôt la sérénité matrimoniale se construit laborieusement, patiemment. Le bien-être se nourrit de compréhension, d’efforts et de résilience. En effet, les jeunes parents doivent savoir que le mariage en tant qu’institution vitale constitue un phénomène digne d’observation dynamique et approfondie, une réalité vécue, qui évolue constamment, tel un corps vivant. Cette union de deux êtres, à la fois objet de désir et d’appréhension passe, généralement par différentes étapes, au cours desquelles, elle risque de s’étioler, si elle n’est pas bien entretenue et souvent même cajolée. Pour éviter tout dépérissement de la vie de couple, il ne faut surtout pas laisser place à l’ennui ni aux idées noires. Par conséquent, les nouveaux mariés doivent, autant que de besoin, avoir une vie remplie d’activités culturelles, artistiques, ou même sportives, dans la mesure du possible, intellectuelles. Ne dit-on pas, à ce propos, qu’ « on se lasse de tout, sauf de la culture » ?


L’essentiel est de faire la chasse aux habitudes qui instaurent une sorte de torpeur, ou favorisent un état d’apathie : il faut absolument empêcher la routine et la monotonie, de s’installer dans le couple. Comment ? L’idéal serait que les deux conjoints essaient souvent de se réinventer, de faire preuve de créativité dans l’amélioration et l’embellissement de leurs relations quotidiennes. Et ce, en vue de parvenir à générer de l’harmonie dans leur foyer, à y promouvoir un climat propice à la joie, au bonheur, surtout à l’optimisme, susceptible de les rendre davantage épanouis …


 Lorsqu’ils ne sont pas submergés par les tâches quotidiennes, par les divers tracas de la vie, ils pourraient consacrer une portion de leur temps libre à venir en aide à des parents ou des voisins, en difficulté. Si d’ordinaire, ils sont de tempérament paresseux, ils peuvent, à titre d’exemple, voir un même film, lire un même roman, si possible essayer de les commenter ensemble. Au strict minimum, ils se contenteraient de suivre une même série télévisée et, éventuellement échanger entre eux des remarques ou des critiques qu’un tel spectacle pourrait inspirer. Cette démarche, ou cette façon de voir n’exige pas forcément un niveau intellectuel, ou scientifique élevé. Elle n’est pas inabordable pour le commun des mortels, qui fait l’effort nécessaire pour essayer de préserver son foyer.

Sur un autre chapitre qui n’est absolument pas moins important, il est incontestable que la vie de couple nécessite considération et estime réciproques ; sinon, elle exige au moins le respect mutuel. A ce propos, il n’est pas inutile de rappeler précisément la teneur de l’article 36 du code de la Famille qui énonce :  
Les obligations des deux époux sont les suivantes :

1 - sauvegarder les liens conjugaux et les devoirs de la vie commune,

2 - la cohabitation en harmonie et le respect mutuel et dans la mansuétude, 3 - contribuer conjointement à la sauvegarde des intérêts de la famille, à la protection des enfants et à leur saine éducation,

4 - à la concertation mutuelle dans la gestion des affaires familiales, et l’espacement des naissances,

5 - le respect de leurs parents respectifs, et de leurs proches, de leur rendre visite,

6 - sauvegarder les liens de parenté et les bonnes  relations avec les parents et les proches,

7 – chacun des époux a le droit de rendre visite et d’accueillir ses parents et proches dans la mansuétude.


A propos du respect mutuel, en matière de communication, de conversation ou de simples échanges, aucun des deux conjoints ne doit chercher à avoir coûte que coûte, ou constamment raison, ni surtout insister sur les torts de l’autre, en tentant de les mettre en exergue. Il faut au contraire avoir, l’un pour l’autre plus d’attention, plus d’égards, une dose de subtile flatterie, beaucoup de délicatesse et de tact. A défaut d’abnégation, ou de renoncement, mari et femme doivent au minimum, faire preuve de moins d’égoïsme ou d’égocentrisme.


Au risque de mêler calcul et sentiment, il ne parait pas hors de propos de recommander aux époux, de se considérer, éventuellement en partenariat, et dès lors, d’adopter la stratégie : gagnant-gagnant. Le cas échéant : d’opter pour une démarche de « moins perdant, moins perdant» ! Dans ce sens, les deux parents n’ont aucun intérêt, à être en discorde, en désaccord, car ils ne sauraient surmonter plus aisément les difficultés de la vie, dont principalement l’éducation des enfants, qu’en restant unis et solidaires. Il ne fait aucun doute qu’une éducation convenable d’un enfant suppose fondamentalement paix et sérénité dans le foyer familial.
L’initiation en question qui s’adresserait donc aux prétendants au mariage, ainsi qu’aux jeunes couples, leur permettrait de mieux appréhender leur nouveau statut, leur apporterait un nouvel éclairage sur la conduite à suivre, afin d’accroitre les chances de réussir leur vie à deux. Le but est de leur inspirer l’usage de certains gestes, de certaines attitudes, en vue de pouvoir adopter une conduite paisible entre eux, ainsi que l’acquisition d’une formation sur l’éducation à prodiguer, éventuellement, plus tard, à leur progéniture.


II   LA MISE EN ŒUVRE DE LA FORMATION SPECIALE
L’éducation dispensée à des jeunes couples et plus particulièrement à des prétendants au mariage pourrait éventuellement être assurée de manière quasi bénévole par des volontaires, en situation de retraite : travailleurs du secteur privé, ou fonctionnaires. A cette fin, dans la mesure où les conditions du succès d’une telle formation étaient réunies, les personnes qualifiées ne s’abstiendraient certainement pas de fournir leur aide, leur contribution à un projet aussi utile.


Les parents qui se préoccupent d’initier leurs enfants, de les préparer à la vie conjugale, à la responsabilité familiale ne sont apparemment pas aussi nombreux qu’on le pense. Et ceux qui se soucient réellement de remplir consciencieusement leur rôle de père et de mère responsables, sont généralement bien loin d’être connaisseurs en matière d’éducation. Ils ont probablement besoin, au moins, de savoir-faire pédagogique pour assurer convenablement une formation de ce genre. C’est pourquoi les éducateurs étrangers à la famille s’avèrent nécessaires : ils viennent en principe, au secours de personnes démunies en matière de pratique éducative. Ces professionnels sont mieux à même d’être écoutés, d’être suivis parce qu’ils ont, normalement, la culture, la science et l’art de communiquer. Ils ont fort à faire : combler les insuffisances d’un grand nombre de parents d’enfants, suppléer à leur inexpérience, en matière de méthode d’enseignement.


Les intéressés parmi les jeunes sont naturellement plus disposés à apprendre parce que les éducateurs ont généralement- avec l’expérience - l’art de se faire comprendre et éventuellement, la manière de transmettre des valeurs et principes moraux, ainsi que certains idéaux, en usant du subterfuge du modèle à suivre, ou de l’exemplarité. En outre parce qu’ils ne sont pas liés aux jeunes couples par des liens de parenté, ils ont, sans complexe, la possibilité de leur expliquer ce que les parents souvent considèrent comme tabou. De même, il est connu que les jeunes gens sont psychiquement bien plus réceptifs en présence de personnes autres que des proches parents.


En attendant qu’un programme de l’éducation en question soit scientifiquement conçu et élaboré, il est tout à fait loisible et même souhaitable pour les collectivités locales de prendre en charge dans des délais raisonnables, l’organisation de l’éducation des candidats au mariage et des jeunes couples. De manière pragmatique, les communes peuvent tout simplement opter pour certaines mesures provisoires pour faciliter la mise en route de l’éducation de ceux qui en ont actuellement besoin. Et ceux-ci sont légion. Ces initiatives consistent dans la désignation d’éducateurs et la mise en branle de leur activité. Des éducateurs et éducatrices pourraient être sélectionnés à la suite d’un volontariat organisé par des associations caritatives, ou bien par les communes et les wilayas ou d’autres institutions étatiques éventuellement. Dans ce sens donc des fonctionnaires ou des travailleurs du secteur privé, en situation de retraite sont en mesure de pouvoir parfaitement assister des parents dans la tâche de l’éducation de leurs enfants. Et ce, d’autant plus que cette tâche est de nos jours, devenue bien plus ardue et plus compliquée, que par le passé, en raison du rythme de l’évolution du monde et de l’influence grandissante de l’internet.


L’idéal serait que les éducateurs puissent ensemble, avec les organisateurs de la formation spécifique, s’entendre sur le contenu de l’enseignement à dispenser, ou plus précisément convenir d’un programme provisoire de travail, ou tout simplement, d’un ensemble cohérent de lignes directrices, de principes de base, pour éviter d’éventuelles contradictions ou incohérences dans la conception générale de l’éducation à assurer. Et cela, dans l’intervalle de l’adoption d’un programme défini par l’Etat.


De manière pratique, les éducateurs assureraient leur nouvelle fonction, plutôt leur mission, soit dans des locaux appartenant aux collectivités locales, en dehors des heures d’ouverture, soit dans des établissements scolaires, durant les périodes de vacances ou de vacation. A cet égard, il va sans dire que les candidats au mariage doivent évidemment être informés de l’existence des nouvelles écoles qui dispensent cette forme d’éducation.  


Corrélativement à cette activité, il est souhaitable de voir se manifester de la part des pouvoirs publics, une initiative pour planifier éventuellement des débats de société, tels - à titre d’exemple - ceux qui avaient, naguère, précédé la préparation du référendum du 27 juin 1976, d’adoption de la Charte nationale… Les débats préconisés auraient pour but majeur de faire prendre conscience, non seulement aux postulants au mariage, mais à tout le monde, du grave problème de l’instabilité familiale et de ses conséquences désastreuses sur l’unité et la cohésion de la société. Et ce, en partie, faute d’un programme d’éducation spéciale destinée aux candidats au mariage, ainsi qu’aux jeunes personnes déjà mariées.


Indépendamment de l’intérêt relatif à la formation complémentaire des jeunes mariés, l’occupation en question présenterait un autre avantage grandement appréciable. En effet, elle satisferait, en même temps, un triple objectif : récupérer de la matière grise inexploitée, à savoir : la science et l’expérience de tant de cerveaux, actuellement en friche.

Par ailleurs, en rompant l’isolement de cette frange importante de la population, l’activité de formation préconisée traduirait, par la même occasion, une profonde reconnaissance de la Nation aux éducateurs en retraite ; ce qui prouverait qu’ils sont toujours utiles pour le devenir du pays. De même, elle consoliderait, par le biais de la cohésion sociale, les fondements de la quintessence de notre patrimoine socio-culturel et renforcerait les liens intergénérationnels.

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