LA SYMPHONIE DU CINQ JUILLET
L’opération de conquête de notre pays débuta, par surprise, sans la moindre déclaration de guerre, un cinq juillet de l’an 1830. Le peuple algérien et ses dirigeants, pris évidemment au dépourvu, se mirent peu à peu à s’organiser, pour repousser l’ennemi.
Ce faisant, de nombreux jeunes volontaires firent, sur le champ, preuve d’une résistance farouche, lors de l’invasion, bien que ce fût avec des moyens rudimentaires, par rapport aux forces et moyens considérables dont disposaient les troupes de l’assaillant.
LA RESISTANCE ACHARNEE A UNE COLONISATION BARBARE
Dès le début de la conquête, l’envahisseur mit en branle l’outil de l’asservissement impitoyable de la population autochtone. C’est probablement sa façon de traduire la mission civilisationnelle, qu’il n’a cessé de s’enorgueillir de transmettre. Ceux que l’on appelait les indigènes commencèrent donc à subir les horreurs d’une colonisation de peuplement.
Semblable aux bandits, pire en lâcheté, l’agresseur usait alors, sans aucun état d’âme de pratiques de nazisme et de fascisme : confiscation de terres et vol de biens des premiers occupants du Territoire, extorsion, racket, razzias, enfumades, viols, torture et assassinat.
LA GUERRE DE LIBÉRATION
L’assujettissement de la population dura plus de cent trente années. La sujétion exercée par les colons était constamment contrecarrée par une défense implacable de ceux qui ne cessèrent pas de refuser la soumission.
La lutte des Autochtones était émaillée de multiples soulèvements de guerriers locaux visant à raffermir la ténacité des combattants.
La résistance acharnée laissait peut-être augurer de l’approche d’une guerre bien plus redoutable….
En effet, la Guerre de Libération nationale ne tarda pas à éclater en divers endroits du pays. Progressivement, elle s’étendit à tous les coins et recoins du Territoire.
L’oppression du colonisateur, aggravée par près de huit années de guerre, de terreur et de souffrance, fit enfin place à l’indépendance de l’Algérie.
Celle-ci fut vécue comme un événement extraordinaire, inimaginable….
L’indépendance ? C’est–à-dire la fin de la guerre et l’affranchissement du joug colonial, au fond de nous-mêmes, tantôt, nous y croyions fermement, tantôt, nous en doutions. Néanmoins, nous nous y accrochons opiniâtrement….
LA JOIE IMMENSE A L’ANNONCE DE L'INDÉPENDANCE
Dès la proclamation de l’indépendance, l’annonce de l’évènement tant espéré, tant attendu, une sensation de bonheur immense inonda les quatre coins du pays….Tout le monde chantait, dansait comme des fous…Les femmes poussaient des cris de joie, des youyous.
L’ambiance du moment nous semblait irréelle tant elle était féerique ! Nous étions comme dans un rêve !
…. Mais la fête du recouvrement de la souveraineté ne devait pas perdurer, ni occulter l’appel du devoir et de la responsabilité. Il fallait sans tarder prendre en charge la gestion du pays avec les moyens de bord et le procédé à la portée d’une population en manque criant d’ingénieurs et de personnel qualifié.
LA GESTION DU PAYS PAR DE COURAGEUX INDÉPENDANTISTES
De jeunes volontaires eurent la présence d’esprit de recourir aussitôt à une forme de gestion, qu’ils avaient apprise de manière sommaire. Ce procédé génial, dit d’autogestion qu’ils continuèrent à pratiquer au cours des premières années de l’Indépendance fut hélas ! de courte durée.
Ce mode de gestion suivi notamment par nos talentueux agriculteurs ne pouvait raisonnablement durer que le temps de l’élan qui fut à son origine. Et ce, faute, en partie de n’avoir pas été inséré dans une structure organisationnelle scientifique.
Bien qu'ingénieuse, cette façon d’œuvrer était probablement appelée à fonctionner, par la suite, de manière embryonnaire, par conséquent, peu productive. Elle était fondée essentiellement sur un état d’esprit, de par sa nature, forcément éphémère. De même sur la spontanéité, là, où devaient régner rigueur et rationalité.
A PEINE CINQ CENTS ÉTUDIANTS UNIVERSITAIRES EN 1962
LE LOT DE CONSOLATION !
Nos braves volontaires ne furent ni accompagnés, ni conseillés. Par qui, le pouvaient-ils ? - me diriez-vous - ...Or en 1962, à la date de l’Indépendance du pays, l’analphabétisme et l’illettrisme affectaient gravement la quasi-totalité de la population autochtone.
A titre d’illustration, l’Algérie entière comptait à peine cinq mille étudiants, toutes filières, toutes disciplines confondues, dont quatre mille cinq cents Européens et uniquement cinq cents Indépendantistes, ou « Français musulmans » (pour ne pas dire « Indigènes »).
Ces derniers pour une population sept ou huit fois plus importante que celle de l’ex-occupant….
ÉCHANTILLON DES BIENFAITS DE LA COLONISATION !
Il y a là un échantillon éloquent des bienfaits de la Colonisation, récemment encore mis en exergue par une loi de la République française du 23 février 2005 !
En dépit de tous les facteurs invalidants, nos courageux travailleurs agricoles, ancêtres des non moins méritants cultivateurs d’aujourd’hui, s’en sortirent plutôt bien que mal. Et ce, à l’instar des rares Indigènes employés, autrefois, dans l’administration coloniale, en qualité de subalternes.
Nos anciens fellahs devaient leur succès également à une sorte d’expertise traditionnelle, à la culture orale et l’expérience de leurs ainés. Ceux-ci, en effet, apprirent un certain savoir-faire, sur le tard, en travaillant dans les riches étendues de terre, jadis, propriété des colons.
Heureusement, en compensation du manque de science et d’expertise, en ces temps de rudesse et de dénuement extrêmes, ne tarda pas à voir le jour une sorte de savoir-faire élémentaire….
L’IMPERIEUSE NECESSITE DE RÉUSSIR
Contre toute attente, un tel savoir, pourtant embryonnaire se révéla être la source, le déclic d’un bouillonnement inédit, d’une activité fortement dynamique. Il en résulta étonnamment, une ambiance empreinte d’allégresse et d’entrain source de créativité appréciable !
Issu du besoin et alimenté, à tous les niveaux de l’activité nationale par l’impérieuse nécessité de vaincre, de réussir, le sursaut de tout individu en âge de travailler, quelles qu’étaient ses compétences, le poussaient à faire face à toutes éventualités, à surmonter toutes épreuves.
C’est, peut-être, cette exaltation débordante d’une population majoritairement jeune, consciente et fière de sa précoce responsabilité qui évita au pays de sombrer dans le chaos.
C’est assurément cet élan généreux des indépendantistes qui permit de surmonter nombre d’écueils. Effectivement, se sentant profondément concernés, tous les jeunes s'astreignent bien volontairement à relever, sur leur chemin, toutes sortes de challenges.
LE SENTIMENT PROFOND D’UNE DIGNITÉ RECOUVRÉE
Un souffle magique d’alacrité et d’énergie communicatives jaillit probablement du ressenti des entrailles de nos parents et grands-parents. Ce ressenti profondément émotionnel naquit sans doute de la sensation cérébrale de mutation de l’état d’indigénat au statut de citoyenneté.
C’est certainement l’enthousiasme provoqué par ce sentiment extraordinaire d’une dignité recouvrée, qui contribua largement à sauvegarder l’Algérie de 1962, après le départ massif et brusque des fonctionnaires et de la quasi-totalité des ingénieurs européens.
NOS JEUNES GARDERONT-t-ILS JALOUSEMENT LE FLAMBEAU DES VALEURS ?
Que penser, aujourd’hui, de ce bref aperçu d’une mutation extraordinairement merveilleuse et bouleversante que vécurent le cinq juillet, l’Algérie et son peuple ?
Malheureusement, une situation consécutive à une gestion postcoloniale bureaucratique ne manqua pas d’exacerber et accroitre encore les affres d’un ordre colonial injuste, naguère douloureusement subies….
Néanmoins, au lieu de lamentations, la leçon à en tirer, doit montrer essentiellement aux jeunes de cette génération, qu’ils sont l’espoir de l’Algérie d’aujourd’hui et de demain.
A cette fin, ils ont besoin davantage de formation, de persévérance et de discipline afin de se sentir les dignes héritiers des vaillants martyrs de la lutte de libération.
Par conséquent, ils ne doivent pas trop se fier aux éloges mérités, néanmoins éphémères de civisme, pour dormir sur des lauriers glanés ça et là, au hasard d’un sublime sursaut populaire de la Nation entière contre la médiocrité, d'improbité et l’injustice.
Mostefa KOUIDRI
