REMÈDE À LA MOROSITÉ DE NOS VILLES ?

REMÈDE À LA MOROSITÉ DE NOS VILLES ?

 

Comment mettre fin à la morosité de nos villes, ou, à la limite, tendre à en atténuer les effets ? C’est là une question qui, pose en apparence un grand défi, ou plutôt suggère l’accomplissement de tout un programme d’actions, en vue de transformer nos cités. 

 

En fait, l’objectif visé est beaucoup moins ambitieux. Il ne s’agit point de démolir quoi que ce soit, pour reconstruire, mais tout simplement d’œuvrer de sorte à rendre, autant que faire se peut nos villes belles et majestueuses. Sinon, au moins, propres et verdoyantes. Et ce, dans l’espoir de pouvoir en faire des villes davantage attractives. 

 

Pour atteindre le but poursuivi, il faut au minimum opter pour quelques résolutions appropriées de nature, essentiellement, à réduire du moins, dans les lieux publics le climat maussade, dans lequel, nous nous condamnons stupidement, malgré nous, à nous mouvoir. 

 

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I  UN CONSTAT DÉCONCERTANT !

 

A ce propos, un constat dressé, au pied levé montre à l’évidence, des passants constamment crispés, déambulant nonchalamment dans des espaces urbains. Le malheur est que ces espaces, au lieu d’être accueillants, exhalent, au contraire, une atmosphère inhospitalière, quelquefois même asphyxiante. 

 

Dans une posture similaire, des résidents de plusieurs quartiers, arborent une mine triste, parfois sinistre, comme s’ils étaient exclusivement responsables de la sécurité d’une nation entière, confrontée à un danger imminent ! 

 

UNE PERCEPTION PEU ENGAGEANTE DE L’AVENIR

En raison, en partie, de la conjoncture économique, naguère longtemps stagnante, de l’impact du chômage, ainsi que d’une répartition peu rationnelle de la rente des hydrocarbures, beaucoup de jeunes et de moins jeunes, concevaient -et certains d’entre eux conçoivent encore- de manière non engageante, point attrayante, la perception de leur avenir.

 

L’environnement en tant que source non négligeable d’affliction est certainement un des facteurs prégnants, lorsqu’on prend en considération la fuite quasi constante de nos talents, ainsi que le grave fléau de l’émigration illégale.

 De surcroît, si les chômeurs, les personnes démunies, de même que des gens parmi les moins infortunés pouvaient à la limite, vivre ou vivoter dans une atmosphère moins déplaisante, moins suffocante ! 

 

UNE FORME D’INSOUCIANE PAR RAPPORT A LA POPULATION

 

A cet égard, il est fort regrettable de constater le fait que nombre de gestionnaires parmi nos dirigeants ne savent pas faire naître l’espoir, dans le cœur de la population, notamment des plus jeunes, ni tenter de rendre moins désagréable le cours de la vie, ou moins affligeant, le quotidien individuel ou collectif, dans nos cités.

 

 Il résulte de cette regrettable situation, un sentiment de déprime, dénoncé, en particulier, depuis un certain temps, sous le vocable : «la mal-vie». 

 

L’ABSENCENCE PARTOUT DE LA NATURE ET LE MAL-ÊTRE

 

La sensation profonde de mal-être correspond à une forme de souffrance psychologique, notamment des plus jeunes. Le paradoxe est que cette atmosphère est, par ailleurs, aggravée par une ambiance stressante, qui contraste étrangement avec l’environnement splendide d’un climat méditerranéen, dans l’un des plus beaux pays du monde ! 

 

En dépit du paradoxe invoqué, la situation déplorée est sans doute ce qui explique chez une multitude de jeunes gens, le désenchantement et la perspective de fuir et quitter définitivement leur terre natale. Sinon, hélas ! de sombrer dans l’alcool et la drogue, pour certains parmi ceux qui en ont les moyens. 

Et pour cause ! 

ICI TOUT CE QUI EST VERT N’A PAS DROIT DE CITÉ !

 

Effectivement, ci et là, n’a pas droit de cité, tout ce qui est vert ou verdoyant, tout ce qui rappelle la nature, le beau, la joie de vivre ! 

 

D’autres causes contribuent à l’assombrissement d’un pareil cadre de vie : le manque de loisirs, l’absence de manifestations culturelles fréquentes ou périodiques, la rareté d’activités sportives et de jeux pour enfants et adolescents. Cela, nonobstant l’insuffisance, voire l’absence partout, dans nos villes, d’espaces verts, d’arbres, de végétation et la quasi-inexistence d’aires de détente. 

 

RISQUE DE MALADIES PSYCHIQUES

Dans un pareil environnement, il n’est pas étonnant que des résidents souffrent de traumatismes psychiques, alors qu’« en revanche, dans des espaces verts », de même dans des « rues dotées de façades ouvertes et animées, les citoyens ressentent une émotion positive», comme l’a souligné, à propos de contrées autres que la nôtre, l’urbaniste David Mangin. 

Cet architecte amoureux de la nature et du merveilleux a déploré la tendance - pas seulement chez nous - selon laquelle « (…) depuis cinquante ans, (nous fabriquons) des quartiers ennuyeux (…). Les rues, (remarque-t-il), sont constituées de pieds d’immeubles occupés par des commerces qui fonctionnent plus ou moins bien, par des logements obscurs, par des entrées de parking, auxquels viennent s’ajouter les clôtures et autres systèmes de sécurité physiques ou numériques ». 

 

Au demeurant, c’est une hérésie de la part de certains observateurs d’oser soutenir que nos cités respirent la joie de vivre ! 

 

En réalité, bien qu’elles soient incontestablement belles, nos villes n’offrent pas moins un tableau loin d’être réjouissant : elles reflètent fidèlement notre triste état d’âme qui, normalement devrait plutôt être en phase avec une nature resplendissante, envoûtante même, pour être dotée d’un climat généralement radieux. 

 

QUE DE PRÉTEXTES FALLACIEUX !

 

Un pareil état d'âme est, déclare-t-on, de manière désinvolte, dû à de mauvaises conditions d’existence.

Dans cet esprit, l’environnement morose, en tant que cadre de vie est, quelquefois, ressenti par certains comme le résultat d’épouvantables conditions de vie, celles-ci étant réduites, à leur avis, à un manque de moyens.

 De tels moyens auraient dû être, selon eux, destinés principalement à favoriser des activités culturelles, sportives ou de loisir.

 

En réalité, contrairement à de pareilles supputations, ce milieu inhospitalier que nous abhorrons, pourrait, au contraire, être valablement considéré comme la cause, et non pas la conséquence de mauvaises conditions de vie et de mal-être.

 

En effet, ce n’est pas nécessairement les moyens notamment matériels qui font la différence. En changeant la donne, il n’est pas exclu, qu’avec du courage et un peu d’imagination, nous puissions revitaliser, enjoliver notre cadre de vie.

 

Une transformation de cette nature peut objectivement se réaliser, avec de la détermination et une dose d’amour de la cité, générant une atmosphère engageante, tout en étant paisible et accueillante, sinon beaucoup moins désagréable et bien moins déplaisante !     

 

UN EXEMPLE DE PERSPICACITÉ CHINOIS

 

Dans l’ordre d’idées évoqué, en guise d’exemple, il a été rapporté, que des travailleurs chinois chargés de réaliser une piste d’atterrissage d’avions, dans les années cinquante du siècle passé, se plaignirent d’un manque de moyens matériels, ainsi que de différents équipements de travail.

 

 En réponse à leurs doléances, Mao Tsé-toung, le célèbre leader et chef d’Etat de la Chine d’alors, leur aurait ordonné de damer la piste en question, en se contentant simplement de l’énergie de leurs jambes, en suivant le son et le rythme d’un tambour. 

Et ce, évidemment, après avoir fait mettre, à leur disposition un tel instrument, pourtant point conçu pour un tel usage !  



LE CONCEPT COLONIAL DU ‘BEYLIK’

 

L’évènement ci-dessus évoqué montre clairement que les qualités humaines, notamment la perspicacité alliée au goût de l’effort et de la persévérance, de travailleurs mus par un élan de civisme, ainsi que par la profondeur de l’attachement à leur pays, priment sur l’utilisation d’instruments matériels. 

 

En effet, que peut-on accomplir avec une abondance d’équipements aussi performants soient-ils, si la volonté, ainsi que l’amour de la cité font défaut ? 

 

Dans un contexte similaire, en ce qui nous concerne plus précisément, nombre d’entre nous, ne sont pas, jusqu’à présent, parvenus à s’affranchir complètement, du concept colonial de ‘beylik’. 

 

Effectivement, suivant ce concept, la chose publique est demeurée, dans notre imaginaire collectif, longtemps perçue, en dépit de l’Indépendance, à travers le prisme de la propriété exclusive du Colonisateur. Par conséquent non éligible à la qualité de bien public, ou à usage public de la Nation algérienne. 

 

DU MATERIEL SOPHISTIQUE DÉTÉRIORE, SANS VERGOGNE

Dans ce sillage, à titre d’exemple, il n’y a pas si longtemps, du matériel sophistiqué, notamment médical, acquis à coût de milliers d’euros aurait été à plusieurs reprises, inconsidérément détérioré ! 

 

DES NEGOCIATEURS SANS SCRUPULES 

Dans le même ordre d’idées, lors de pourparlers relatifs à l’acquisition par l’Administration de biens d’équipements importants destinés à un usage d’utilité publique, certains négociateurs dépourvus, certes, de scrupules n’hésitaient pas, en violation flagrante de leurs obligations, à faire passer leurs intérêts personnels ou familiaux avant l’intérêt général ! 

 

Cette honteuse habitude apparaissait parfois au grand jour. Il suffisait de  prêter l’oreille aux confessions soutirées à ceux d’entre de tels affairistes, que l’Administration publique parvenait, par la suite, à remercier !

 

Il n’y là, évidemment, aucun respect de la mission confiée à de pareils ‘responsables’ ? Aucune motivation, ni engagement, qualités pourtant indispensables à l'exercice de pareilles fonctions  ? 

 

Il s’agit, en réalité, d’absence totale de civisme et de loyauté. Pire encore : certains fonctionnaires n’hésitaient pas- et continuent- à faire fi, sciemment des devoirs de leur charge par intérêt, ou par cupidité.  

 

Toujours est-il qu’une telle attitude favorise l’ambiance peu engageante du quotidien de la population notamment des plus jeunes. Il en résulte que la médiocrité du cadre de vie s’en trouve renforcée. 

 

LES RAVAGES D’UN CADRE DE VIE ASSOMBRI PAR LA PRÉVARICATION

Le plus navrant, le plus désastreux consiste dans le fait que le manquement de tels responsables à leurs obligations démobilise et déprime les personnes les plus consciencieuses et décourage les volontés les plus motivées. De même qu’il suscite au sein de la population l’indifférence, à l’égard de tout ce qui a trait à l’intérêt général, ou relève du bien public.

 

Le malheur est que l’atmosphère induite par un comportement aussi égoïste, aussi vil encourage évidemment le laisser-aller. Face à l’idée du bien commun et de l’intérêt général, semblable comportement finit naturellement par engendrer, du moins par inspirer, notamment chez les jeunes gens, une attitude empreinte de désinvolture, susceptible, entre autres effets, d’exacerber ‘le hitisme’. 

 

SANS GENE, ‘HITISME’ ET DÉSINVOLTURE

 

Dans cette voie, il ne fait aucun doute que le comportement incriminé est de nature à stimuler ‘le hitisme’. Cette forme d’oisiveté mêlée au sans-gêne ne manque certainement pas d’enhardir en particulier les jeunes, en vue, notamment, d’opter pour le choix hasardeux et suicidaire de l’émigration clandestine. 

 

A ce stade, il n’est pas inutile d’insister sur les conséquences désastreuses d’un cadre de vie médiocre, plutôt asphyxiant, en partie responsable de la vision délétère que conçoivent de leur avenir les adolescents, ainsi que tout récemment encore les jeunes couples, parfois même des familles entières qui n’hésitaient plus à quitter le pays pour une destination et une destinée, toutes deux totalement dépourvues de sécurité. 



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II  SUGGESTIONS POUR AMÉLIORER LA QUALITÉ DE VIE

 

Dans ce contexte, en disposant d’un constat aussi proche que possible de l’amère réalité de l’état de nos cités, ainsi que d’une représentation suffisamment claire du malaise de la jeunesse et de ses causes, tant sur le plan physique que mental, il serait, éventuellement, plus loisible pour nos dirigeants de pouvoir s’orienter vers le rigoureux, néanmoins plus sûr chemin d’un indispensable réaménagement de la situation ambiante de nos villes et campagnes et de son amélioration.

 

Il devient donc nécessaire d’envisager, au plus tôt, ce qui parait susceptible de concourir à atténuer un tant soit peu, semblable état de désenchantement et d’amertume…. 

 

On répète souvent - à juste titre - qu’il n’existe pas de solution-miracle. Il y a, tout simplement, des moyens peu coûteux, qui permettraient de pallier le dégout, la désillusion face à la détérioration de la qualité de vie, ou de parer au plus urgent.

 

 Sur cette voie, plus concrètement, il est instamment recommandé de sensibiliser, sans tarder, la population sur la nécessité de rénover le cadre de vie, voire embellir et enjoliver tout notre environnement en insistant principalement sur la propreté, l’hygiène, le nettoyage constant des rues, des places… de tous les lieux publics.

 

Il est, aujourd’hui, essentiellement question d’envisager l’introduction partout de la verdure, car nos villes et même nos compagnes en manquent cruellement !



L'INTÉGRATION DE LA NATURE

 

Heureusement, depuis quelques temps, de rares personnes amoureuses de la nature, ou simplement par attachement à leur lieu de résidence, procèdent dans de petits espaces, à la plantation, devant chez elles, d’arbustes. Cette initiative digne d’éloges, aussi modeste soit-elle, tend à produire dans diverses agglomérations, un air de terroir, en créant l’atmosphère apaisante et adoucissante d’un environnement de petits îlots de végétation, à défaut d’une campagne verdoyante. 

 

Ces citoyennes et citoyens ne manquent pas de perspicacité, lorsqu’ils estiment que le cadre de vie est susceptible d’engendrer la détente, le bien-être, le bonheur même, comme il est, dans le cas contraire, capable de créer une atmosphère maussade, générant l’anxiété, la sensation de mal-vie, allant jusqu’à contribuer à fragiliser la santé mentale et physique des habitants.  

 

Dans ce contexte, il est constant que les gens s’habituent, naturellement, aux conditions de n’importe quel environnement ; le cadre de vie induit généralement une sorte d’accoutumance, au point de s’ériger en espèce de ‘réformateur’ et s’imposer tel un phénomène naturel transcendant. 

 

Dans de pareilles conditions, sommes-nous tenus d’imposer à nos enfants l’accommodement à la hideur, à la monstruosité…. à la saleté, aux immondices ? En somme, à tout ce qui est repoussant, suscitant inévitablement le dégoût, et par voie de conséquence, le mal-être et le stress ? 

 

Avons-nous besoin d’être maudits par nos descendants, par les générations futures ? 

 

Devons-nous, au contraire, veiller à concevoir et mettre au point, dans nos villes et campagnes, un environnement hospitalier, beau et serein, dans lequel nous puissions individuellement, ou collectivement, nous développer sainement et pleinement ?

 

En effet, un environnement aussi réjouissant, aussi agréable est susceptible d’être propice à l’épanouissement de tout notre être, de nos facultés mentales. Il est même susceptible de se révéler, par voie de conséquence, favorable à la créativité, à l’innovation. 

 

DES MESURES EN VUE DE CHANGEMENTS PALPABLES

 

Pour ce faire, il nous incombe de procéder à la sensibilisation de la population, en impliquant des volontaires, parmi eux, en particulier des artistes expérimentés, des paysagistes astucieux, dans l’embellissement de nos cités, en y intégrant partout la nature, le beau, le sublime !   

 

De manière pratique, l’opération de sensibilisation suppose la participation de fonctionnaires, d’agents de collectivités locales, d’opérateurs de mass-médias, d’associations notamment de jeunes, d’imams prônant surtout l’usage constant de la propreté, de l’assainissement, de l’embellissement de la ville ou du quartier.

 

SENSIBILISATION DE LA POPULATION ACTIVE

De telles opérations sont, au demeurant, considérées, comme objectifs fondamentaux d’une foi sincère et de recommandations religieuses primordiales. Il faut, à cet effet, planifier parallèlement des meetings et promouvoir l’organisation de compétitions entre villes, quartiers et villages, couronnées de récompenses alléchantes et donc incitatives. 

 

Pour davantage de stimulation et d’exhortation, de même que pour être plus efficientes, de telles actions pourraient éventuellement être, lors de leur exécution, dans le cadre d’opérations de volontariat, accompagnées de chants enthousiasmants. 

Pareille activité est de nature à créer une ambiance énergisante ! 

 

LA CHASSE AUX POLLUEURS

Par ailleurs, la conscientisation doit prendre en compte la gestion de l’impact tant déploré des salisseurs et des pollueurs de toutes sortes, notamment les auteurs de nuisances, dont les nuisances sonores, en particulier nocturnes : vacarme, tintamarre, bruit de motos, de pétards. 

Les responsables de tels méfaits doivent être taxés, par mesure de dissuasion, en vue du repos et de la tranquillité de tous les citoyens, y compris les contrevenants, eux-mêmes ! 

Mostefa KOUIDRI

 

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