LA VILLE DE DEKHA
- Parlez-moi de Khadra, la ville de Dékha, ou décrivez-la-moi.
- Il est certainement bien plus aisé de parler de Khadra, la ville de Dékha que de la décrire, parce qu’elle est réellement indescriptible. En quelques mots, Khadra, comme son nom l’indique est une ville verdoyante construite récemment en plein désert saharien. C’est à l’origine, une très vaste oasis dont le charme ineffable dépasse les frontières de tout le Continent. Dans ce sens, un dicton échangé entre de nombreux touristes confesse : celui qui n’a pas vu Khadra n’a rien vu de sa vie. Elle rappelle certaines villes de l’Andalousie, avec, en plus un charme sans pareil, dû au style ancestral de notre patrimoine architectural, dont s’inspirèrent de grands bâtisseurs, précurseurs de l’architecture moderne, tels Le Corbusier, Ferdinand Pouillon….
Un gigantesque barrage vert bordé d’arbres et de plantes des zones arides : acacias, jujubiers, palmiers, veille sur la ville. Il l’isole de la menace des géantes dunes de sable. Effectivement, cet immense rempart fut réalisé, pour contrer l’avancée du désert, les vents et tempêtes de sable ravageurs, pour contourner les risques de détérioration d’une végétation luxuriante, de même pour stopper les invasions quasi cycliques de criquets dévastateurs. Une bonne partie des arbres qui le composent fut plantée par de nombreux amoureux de la nature, ainsi que par des prisonniers, sur la base d’une compagne de volontariat.
L’emplacement de Khadra à égale distance entre Alger et Tamanrasset, en recentrant mieux la configuration du territoire, contribue à atténuer l’isolement des villes sahariennes, à instaurer plus d’intégration régionale en nous rapprochant davantage des pays du Sahel. Grâce à son emplacement adéquat au centre du pays, la ville de Dékha est peut-être, destinée dans un avenir pas trop lointain, à évincer Alger…. Alger est certes une belle ville, mais qui fut détournée de sa vocation naturelle de ville touristique, de ville-musée à ciel ouvert, en raison, en partie de la beauté de ses sites fantastiques, de sa magnifique corniche, de ses nombreux édifices ensorcelants de style hispano-mauresque…. Mais aujourd’hui, Alger constitue une énorme agglomération, paradoxalement, à la fois exiguë et tentaculaire, ou plutôt une gigantesque médina des temps anciens, de surcroît, encombrée et quelquefois suffocante…. Khadra, au contraire, a d’ores et déjà l’aspect d’une mégapole en devenir ; elle jouit d’une architecture appelée à se développer et se moderniser davantage. Au contraire d’Alger, elle offre l’avantage de ne pas nécessiter de travaux de désenclavement qui s’avèrent généralement interminables, paralysants et excessivement coûteux, ni même de « chirurgie » indispensable « dans les tissus urbains ». La ville d’Alger aurait plutôt besoin d’être soulagée, en l’affranchissant d’une bonne partie de sa population. Dans Khadra on ne souffre ni des embouteillages incessants, et autres inconvénients de la circulation de véhicules, ni de l’asphyxie associée à la pollution, ni des maux et maladies provoqués par l’excès d’humidité, ni encore des risques de glissement de terrain, ou de tremblement de terre, ou encore d’inondations devenues quasi récurrentes.
La ville de Dékha fut imaginée par de prestigieux architectes, dont des Français et des concitoyens, dans le cadre d’un volontariat international, suscité par une opération de sensibilisation efficace et une publicité adéquate. De manière unanime, les architectes du projet furent enthousiastes pour en concevoir la forme futuriste, originale et respectueuse de l’environnement. Cela d’autant plus que les responsables du projet eux-mêmes leur enjoignirent, au départ, de laisser libre cours à leur imagination, ne tenant compte que du respect de l’écosystème….
Un peu partout de vastes espaces verts vous invitent à une balade soit à pied, soit à vélo, soit encore à dos de mulet ou de chameau. D’ailleurs, dans toute l’oasis, les moyens de locomotion qui dégradent l’environnement sont strictement interdits. A l’entrée de la ville des taxis à batterie électrique et des bicyclettes en abondance vous incitent à vous débarrasser momentanément de votre véhicule polluant.
Les nombreux jardins publics furent merveilleusement aménagés pour embellir davantage la cité et agrémenter la vie de ses habitants. Mais également pour leur permettre de se soustraire à la torpeur coutumière, en s’adonnant en plein air à des exercices physiques, sans complexe, comme c’est l’usage dans beaucoup de contrées asiatiques.
Dans quasiment tous les quartiers de la ville, des bassins confectionnés tels des lacs naturels adoucissent l’air ambiant. De la verdure partout. Des rosiers de toutes couleurs et des massifs de fleurs de toutes sortes embaument l’atmosphère de senteurs douces et de parfums agréables. L’eau ne fait pas défaut dans cette partie du désert. L’assiette de Khadra fut, à bon escient, située sur une immense nappe d’eau souterraine.
L’air pur et vivifiant que l’on y respire avec délectation vous procure une sensation de douceur et d’entrain. Vous vous sentez comme transporté dans une sorte d’élan qui vous projette allègrement dans l’ambiance de votre prime jeunesse. Aussitôt une irrésistible envie de sautiller gaiement, tel un enfant, s’empare de nombre de promeneurs grands et petits. C’est la sensation de bien-être, de détente que, souvent, ressentent les nombreux visiteurs de Khadra.
Dekha, la patronne inconnue de la ville, est le diminutif du nom Khadra, la verdoyante. Dekha était une femme d’une beauté exceptionnelle, sans l’arrogance de celles que la nature a merveilleusement privilégiées. Elle était au contraire d’une discrétion rare, volontairement effacée, parlant peu et bien, sans élever la voix, ni aspirer à se faire distinguer. Elle était l’image et l’exemple d’une sainte... Elle ne disait jamais du mal d’autrui, n’épargnait aucun effort pour venir en aide aux nécessiteux et aimait les animaux, en particulier les chats, de cet amour dont la tendresse n’échappe au regard de personne. En dépit des douleurs d’une maladie incurable, elle ne se plaignait guère. Au contraire, elle avait souvent soit un sourire angélique aux lèvres, soit une anecdote drôle pour rire, et toujours des bonbons pour la joie et le bonheur des enfants, du reste petits et grands, qui l’adoraient….
- Khadra c’est apparemment une ville merveilleuse. Je brûle d’envie et d’impatience d’y faire une randonnée à dos de chameau ! Merci de m’en avoir donné un aperçu…. Et c’est moi en ma qualité de simple touriste, qui remercie la dame, qui eut l’idée géniale de sa création, pour que tous les visiteurs fassent autant….
Il se dégage de Khadra, une harmonie particulière entre la puissance et la douceur toutes deux mises en évidence par deux personnages, à savoir : l’imposante muraille verte symbole de la force et de l’endurance indispensables à tout protecteur, la Dame Dekha, la patronne de la ville qui prodigue avec délicatesse, soins et tendresse notamment à l’endroit des sans-abri, des enfants et des chats.
Khadra, la ville de dame Dekha fut à l’origine, principalement conçue pour dénouer une grave mésentente qui détériorait les relations diplomatiques entre Alger et Paris. La solution du sérieux désaccord paraissait improbable aux dirigeants des deux pays. La détente semblait inconcevable, tellement les objectifs de chaque partie étaient éloignés de ceux de l’autre. Comment, dès lors, démêler une telle crise ? Et ce, d’autant plus qu’elle concernait des questions d’importance cruciale, dont le problème de l’immigration.
Dans ce contexte, les tensions furent aggravées par la multiplication de débats publics improvisés et de déclarations à l’emporte-pièce concernant de nombreux jeunes immigrés, considérés par la France comme ressortissants algériens.
La France exhortait l’Algérie à les récupérer, progressivement. Celle-ci alléguait, entre autres, un doute sur leur véritable nationalité, étant donné que la majorité d’entre eux n’avaient plus de pièces d’identité. Même en cas de preuve du rattachement d’un certain nombre d’entre eux, à l’Etat algérien, celui-ci pourrait invoquer, subsidiairement, leur perte quasi totale de repères, leur déculturation consécutivement à leur séjour en France. Il en résulterait, par conséquent, sans aucun doute, pour Alger, de sérieuses difficultés matérielles et psychologiques de réinsertion, ainsi que de graves répercussions sociales que provoquerait l’opération de leur éventuel rapatriement.
Les autorités françaises ressortirent sciemment le fameux dossier des migrants clandestins, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2022. Le choix de cette date ne pouvait être fortuit. Par conséquent, comme de coutume, indubitablement, la question de l’immigration relançait, de plus belle le débat favori des Français, notamment de l’extrême droite.
Dès lors, certains s’en donnaient à cœur joie, ou plutôt « rancœur au cœur en chœur !». Au titre de l’anecdote, à cette époque les jeunes algériens émigraient principalement vers l’Espagne (en réalité pour rejoindre principalement la France !) de même vers l’Italie. Néanmoins, c’était uniquement les Français qui criaient au loup ! L’anomalie qualifiée d’oxymore n’échappa pas, en particulier à l’attention d’une presse américaine, dont le New York times qui ne manqua pas d’invoquer le paradoxe.
Le discours contre les immigrés notamment en situation irrégulière allait bon train. Progressivement, il montait crescendo ; au fil des jours, il englobait quasiment tous les Maghrébins, risquant de friser la vindicte populaire. Il était naturellement alimenté par des mass-médias proches de l’extrême droite, mais aussi à l’écoute des hommes politiques de la droite. Du reste, en cette matière, les deux partis ne se différenciaient pratiquement plus sur le plan de la démagogie politicienne.
Il fallait coûte que coûte mettre un terme à cette grave dérive, en vue, en partie, de décrisper les relations entre Paris et Alger. D’abord, la France voulait en découdre avec le différend qui altérait les rapports entre deux nations liées par l’histoire, par des rapports humains et des intérêts réciproques. En tout état de cause, il ne servait à rien d’évoquer la responsabilité de chaque partie dans le « déracinement » des jeunes émigrés. L’Algérie entrevoyait essentiellement le coût relativement élevé de leur réintégration, suite à leur profond « dépaysement ».
En vue d’une resocialisation définitive, sans gros risques de nouvelles aventures migratoires, il convenait également, autant que de besoin, de tenir compte des légitimes aspirations des intéressés. La solution avait donc évidemment un coût d’autant plus élevé que la réadaptation des immigrés pouvait avoir de chances de réussir durablement….
Dans la perspective de la course à l’Elysée, une illustre dame imagina une solution en apparence irréalisable. En même temps, il fallait couper l’herbe sous les pieds de deux candidats à la présidence, nouvelles étoiles montantes du populisme. En sincère patriote et en responsable avertie, cette dame privilégia l’intérêt de la France avant celui de son parti politique. Elle en parla au grand Chef, lui faisant subtilement et délicatement miroiter la victoire au scrutin présidentiel d’alors. Elle lui suggéra de concevoir, dans des délais aussi prompts que possibles, un partenariat sérieux, gagnant-gagnant, avec l’Algérie, précisant qu’en dépit des apparences, c’était le moment propice. S’il s’avérait réellement exemplaire, l’accord de partenariat serait probablement sollicité par d’autres Etats notamment africains.
Les choses étant ce qu’elles sont, une coopération réelle et solide est indispensable. A cet égard, pour prouver la sincérité de son engagement, Paris devait sceller avec Alger un véritable accord de partenariat, en se mettant fermement aux côtés d’Alger, en vue de la création en Algérie d’une ville européenne pour accueillir les jeunes « déracinés ». Elle serait, de préférence située, à environ mille km des côtes méditerranéennes pour dissuader, un tant soit peu, tout migrant récalcitrant.
Pour ce faire, il fallait en outre, consacrer durant une période d’au moins cinq ans, un budget spécial pour soigner, nourrir et organiser le rapatriement et la réinsertion des jeunes « apatrides » en Algérie, particulièrement en leur apprenant un métier d’avenir. A ces futurs élèves, il fallait un travail psychologique approfondi de sensibilisation, de persuasion, pour les motiver profondément les conscientiser et les amener à penser, en leur for intérieur, se prendre personnellement en charge. Il fallait agir de manière à inciter les émigrants à, de leur propre chef, inverser le paradigme de l’engouement pour l’émigration. Par ailleurs, les conditions et la qualité de la formation devaient être telles que, si ces futurs ingénieurs, techniciens, informaticiens…. s’y mettaient sérieusement, ils pourraient avec de la discipline, de la persévérance, parvenir à être, à la fin de leur cycle d’études, recherchés, en vue de leur embauche, par des entreprises parmi les plus convoitées.
Il fallait encore et surtout solliciter le concours des médias, faire énormément de publicité autour de l’action ciblant cette initiative exceptionnelle, mettant en exergue son caractère éminemment humanitaire et inédit, en vue de susciter la solidarité internationale, l’aide des mécènes et surtout le concours des investisseurs, en particulier, binationaux. La ville serait dédiée aux jeunes en difficulté, ou en déperdition. Elle pourrait œuvrer dans l’espoir de faire partie du patrimoine commun de l’humanité.
Plus terre à terre, dans le but de réduire au maximum, le coût du bâti et des infrastructures, Alger serait disposé à appliquer un régime fiscal très favorable et à attribuer quasi gratuitement des terrains aux investisseurs. Ces derniers pourraient procéder à la réalisation de quartiers d’habitations pourvues naturellement des commodités de la vie moderne, d’espaces verts, de terrains de sport, de théâtres et cinémas. Il leur serait loisible de réaliser des infrastructures urbaines, des centres commerciaux, des chaines d’hôtels, restaurants, piscines et autres aménagements destinés au bien-être des habitants et au confort des touristes.
Mostefa KOUIDRI
